Après la naissance, ostéopathie et post-partum : quand consulter et comment ça s'articule avec la rééducation périnéale ?
On vous a remis une ordonnance à la maternité, on vous a parlé de rééducation périnéale, quelqu'un vous a conseillé de voir un ostéopathe, et votre sage-femme a évoqué un rendez-vous « vers six semaines ». Vous rentrez chez vous avec un nouveau-né, une fatigue considérable, et aucune idée de l'ordre dans lequel tout cela s'enchaîne.
C'est la situation de la plupart des femmes que je reçois. Le post-partum est probablement la période la moins bien expliquée de tout le parcours de naissance : beaucoup d'intervenants, peu de fil conducteur.
Voici ce fil, avec ce que disent les recommandations françaises — y compris sur un point qui va peut-être vous surprendre.
Le parcours officiel, dans l'ordre
Les six premières semaines
C'est la période des visites de la sage-femme, à domicile ou au cabinet, prises en charge à 100 %. Elles portent sur la surveillance de votre cicatrisation, l'allaitement s'il est en cours, le poids du bébé, et votre état général.
Pendant ces semaines, aucune rééducation ne commence. Les tissus cicatrisent, l'utérus reprend sa place, les modifications hormonales sont encore intenses. Ce n'est pas du temps perdu : c'est un temps physiologique qui a sa fonction.
L'entretien postnatal précoce
Depuis 2022, un entretien est proposé à toutes les femmes entre la quatrième et la huitième semaine après l'accouchement, réalisé par une sage-femme ou un médecin. Il ne porte pas sur le corps mais sur ce que vous traversez : l'adaptation, le sommeil, le moral, le lien avec l'enfant, la relation au sein du couple.
Il est, à mon sens, la mesure la plus utile mise en place ces dernières années dans le suivi post-partum. Ne le sautez pas parce que « ça va ».
La consultation postnatale, entre six et huit semaines
C'est le rendez-vous pivot. Réalisé par votre sage-femme, votre gynécologue ou votre médecin généraliste, il fait le point clinique sur les suites de la naissance, aborde la contraception, et comprend l'évaluation de votre périnée.
C'est de cette évaluation que découle — ou non — la prescription de rééducation. Ce point mérite qu'on s'y arrête.
La rééducation périnéale n'est pas automatique
En France, on parle des rééducation périnéale et abdominale comme d'un passage obligé. Les recommandations, elles, sont plus nuancées.
Les recommandations pour la pratique clinique du CNGOF sur le post-partum sont explicites sur plusieurs points :
la rééducation périnéale n'est pas recommandée chez les femmes asymptomatiques à trois mois ;
elle n'est pas recommandée pour traiter ou prévenir un prolapsus, ni pour traiter des douleurs pendant les rapports ;
elle est recommandée pour traiter une incontinence urinaire persistante, et pour traiter une incontinence anale du post-partum.
Autrement dit : la rééducation est un traitement, pas un rituel. Elle répond à des symptômes. Le document de référence de la HAS sur la rééducation du post-partum le formule de la même façon — l'indication découle des symptômes décrits par la patiente ou constatés à l'examen.
Cependant, aller faire un bilan, un état des lieux, vous permettra de savoir où vous en êtes. Il est à mon sens essentiel !
Quand elle est indiquée, elle fonctionne vraiment
Cette nuance n'est pas une invitation à s'en passer. Là où elle est indiquée, le travail des muscles du plancher pelvien est l'une des interventions les mieux étayées de toute la santé des femmes.
La revue Cochrane de référence sur le sujet conclut que les femmes qui suivent un entraînement des muscles du plancher pelvien voient leurs symptômes d'incontinence et leur qualité de vie s'améliorer, se déclarent plus satisfaites du traitement, et sont moins nombreuses que les autres à chercher ensuite un autre recours.
Si vous avez des fuites, une pesanteur, une gêne : la rééducation est la bonne porte. Elle n'est ni facultative ni secondaire, et rien ne la remplace — surtout pas une séance d'ostéopathie.
Ce qui compte le plus
Les séances avec la sage-femme ou le kinésithérapeute apprennent un geste. Ce sont les exercices faits à la maison, régulièrement, sur plusieurs semaines, qui produisent le résultat. C'est vrai pour le périnée comme pour n'importe quel muscle, comme les abdominaux.
Ostéopathie et post-partum : quand et pour qui ?
Je vais être directe, parce que c'est là que les promesses dérapent le plus souvent.
L'ostéopathie ne traite pas les fuites urinaires. Elle ne traite pas un prolapsus. Elle ne remplace pas la rééducation périnéale et ne la raccourcit pas. Si on vous propose l'un de ces trois résultats, changez d'interlocuteur.
Les données spécifiques sur l'ostéopathie en post-partum sont d'ailleurs limitées : peu d'essais, de petits effectifs, une qualité méthodologique inégale. Sur les douleurs lombaires et pelviennes en général, les bénéfices des thérapies manuelles sont réels mais modestes, comparables à ceux de l'exercice.
Ce que je peux prendre en charge, en revanche, est précis.
Les douleurs du bassin et du bas du dos
Sacro-iliaques, pubis, coccyx. Elles sont fréquentes après un accouchement, particulièrement après un travail long, une poussée prolongée ou une position difficile. Elles ne relèvent pas de la rééducation périnéale, même si celle ci permet parfois de soulager, et elles restent souvent sans réponse parce que personne ne pose la question.
Une douleur du coccyx persistante, après une naissance où le bébé était volumineux ou la poussée intense, est un motif tout à fait légitime.
Les tensions cervicales et dorsales
Elles n'ont rien de glorieux mais elles empoisonnent le quotidien : des heures penchée sur une tétée, un bébé porté toujours du même bras, des nuits en position bancale. C'est mécanique, et ça se travaille bien.
La cicatrice de césarienne ou de périnée
Une cicatrice qui tire, qui reste sensible ou insensible, qui adhère aux plans profonds. Le travail manuel sur la cicatrice a du sens, et il s'accompagne surtout d'un auto-massage que je vous apprends à faire chez vous.
Comptez environ six à huit semaines après une césarienne avant tout travail direct sur la cicatrice, et seulement sur une cicatrisation acquise, sans rougeur ni écoulement.
Un accouchement vécu comme difficile
Certaines femmes viennent après une naissance qui ne s'est pas passée comme prévu, avec le besoin de comprendre ce qui est arrivé à leur corps. Je peux expliquer une mécanique, montrer ce qui a bougé et ce qui va se réajuster.
Je précise en revanche qu'une expérience vécue comme traumatique relève d'un accompagnement psychologique, et que le corps ne suffit pas à la traiter. Les deux ne s'opposent pas.
Des douleurs résiduels au niveau de la piqure de la péridurale
Il peut arriver de continuer à sentir à l'endroit où la péridurale a été posée. certaines femmes sont plus sensibles que d'autres sur ce point là. L'ostéopathie peut travailler très efficacement sur ce type de douleur, alors n'attendez pas !
L'ordre qui a du sens
Concrètement, voici la chronologie que je propose aux femmes que je suis.
Semaines 0 à 6. Repos relatif, visites de la sage-femme, entretien postnatal précoce. Aucune rééducation, aucun sport. Si une douleur vive vous empêche de tenir votre bébé, une consultation d'ostéopathie est possible dès cette période — mais pour cette raison précise, pas « pour remettre le bassin en place ».
Semaines 6 à 8. Consultation postnatale avec un médecin ou une sage femme. C'est elle qui déclenche la suite.
À partir de la 8e semaine. Rééducation périnéale si elle est indiquée. C'est la priorité, et elle passe avant tout le reste.
En parallèle ou après. Ostéopathie pour les douleurs de bassin, de dos, ou le travail cicatriciel. Les deux prises en charge ne se gênent pas ; elles ne traitent simplement pas la même chose.
Après la rééducation. Reprise progressive de l'activité physique, en commençant par la marche et le renforcement profond, pas par la course ni les abdominaux classiques.
Les signes qui imposent un avis médical rapide
Le post-partum comporte de vrais risques médicaux, souvent sous-estimés :
des saignements abondants ou qui reprennent après avoir diminué ;
une douleur au mollet, un gonflement d'une jambe, une gêne respiratoire ou une douleur thoracique ;
des maux de tête violents, des troubles visuels, un gonflement du visage ou des mains ;
une cicatrice rouge, chaude, douloureuse ou qui suinte ;
des fuites urinaires ou anales importantes, ou une impossibilité de retenir les gaz.
Aucun de ces signes ne relève de moi. Le premier appel est votre sage-femme, votre médecin, ou les urgences de votre maternité.
Et votre moral compte autant que votre périnée
Une tristesse qui s'installe au-delà de quinze jours, une anxiété permanente, un sentiment de ne pas y arriver, des pensées qui vous inquiètent : ce ne sont pas des défaillances personnelles et ce n'est pas « juste la fatigue ». La dépression du post-partum concerne une femme sur huit environ, elle se soigne bien, et elle se soigne d'autant mieux qu'on en parle tôt.
Votre sage-femme, votre médecin traitant ou la PMI sont là pour ça. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, prenez rendez-vous cette semaine plutôt que le mois prochain.
En résumé
La consultation postnatale de six à huit semaines est le rendez-vous central : c'est elle qui oriente tout le reste. La rééducation périnéale est un traitement indiqué par des symptômes, pas un passage obligé — mais quand elle est indiquée, elle est efficace et prioritaire.
L'ostéopathie vient à côté, pour ce qu'elle sait faire : les douleurs de bassin, de dos, de coccyx, le travail cicatriciel, les tensions du portage et de l'allaitement. Pas pour muscler le périnée.
Un praticien qui vous explique ce qui ne relève pas de lui vous fait gagner du temps. C'est aussi ça, un bon accompagnement du post-partum.
Je reçois les femmes en post-partum à Levallois-Perret et à Paris 14e. Si vous ne savez pas si votre situation relève de moi ou d'une autre professionnelle, écrivez-moi : je vous orienterai.
Sources
Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Recommandations pour la pratique clinique : le post-partum, 2015. Consulter la synthèse
Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC. Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018. Lire la synthèse
Haute Autorité de Santé (ANAES). Rééducation dans le cadre du post-partum. Recommandations professionnelles. Consulter le rapport
Agence régionale de santé. Le parcours post-partum. Consulter la page




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